Compter le temps d’écran sans en faire un procès
Un tableau de bord du temps d’écran des enfants tourne mal facilement : une couleur qui vire au rouge, un classement pris au sérieux, et l’outil devient un mouchard. Celui-ci part de l’inverse — le but n’est pas la sanction, c’est l’ouverture au dialogue.
Ça, c’est facile à écrire sur une page. Ce qui compte, c’est que chaque fois qu’il a fallu trancher, la décision a été prise dans le code plutôt que dans le texte. Voilà lesquelles — aucune n’est une règle de rédaction, ce sont des contraintes de structure.
Cinq décisions, et où elles vivent
Aucun badge négatif n’existe
Le fichier qui décrit les badges ne définit que des faits positifs ou neutres — pas de « semaine chargée », jamais un jugement. Une grosse semaine reçoit simplement moins de badges, jamais une marque ; les minutes brutes restent affichées en entier à côté.
Le podium est un gag, volontairement
La première place revient à qui a le plus consommé d’écran — sur la semaine par défaut, sur un jour si on le choisit. Une ironie assumée, demandée par le parent qui utilise l’outil. Ses médailles or/argent/bronze suivent ce classement, rien de plus. Chacun garde en plus son propre badge, sans rapport avec ce rang : le premier n’est pas qu’un perdant.
Le badge de calme ne compare jamais deux personnes
Une journée calme veut dire : sous la moyenne de ses propres journées, jamais sous celle d’un frère ou d’une sœur. Mettre un ado, un plus jeune et un adulte sur le même axe ne voudrait rien dire — c’est le podium, juste au-dessus, qui compare ; ce badge-là ne le fait pas.
Une journée calme doit être une vraie journée
Le jour en cours est exclu du calcul, les jours à zéro sont écartés plutôt que comptés comme calmes, et il faut au moins deux journées réellement mesurées avant d’attribuer un badge. Les chiffres seraient plus flatteurs en faisant l’inverse.
Si la donnée n’est pas réelle, on le dit
Pas d’applications inventées, pas d’historique fabriqué. Quand une source manque, la carte de la personne l’indique (« Partiel ») plutôt que de compenser en silence ; un compte tout juste branché n’affiche aucun delta avec la semaine précédente plutôt qu’une fausse progression depuis zéro.
Comment ça marche
Quatre sources, chacune comptée pour ce qu’elle est.
Switch
Temps de jeu via le contrôle parental Nintendo, jeu par jeu.
Téléphone
Family Link côté Android, Temps d’écran côté iPhone, avec le détail par appli.
Mac
Temps d’écran Apple lu en local — le parent se met dans le tableau aussi.
Netflix
Les programmes regardés, comptés en titres et jamais convertis en minutes — relevé à la main, pas de synchronisation automatique.
Trois relevés par jour
Midi, 18 h, 22 h pour les sources qui se synchronisent — un relevé, pas une surveillance continue. La page se rafraîchit ensuite doucement, pour rester ouverte sur une tablette ou la télé du salon.
Une adresse privée
Chaque famille a un lien unique et non listé. Rien n’est indexé, rien n’est cherchable — mais quiconque a le lien peut voir la page, donc il ne se partage pas à la légère.
Ce que ça ne fait pas
Ce tableau ne dit pas si deux heures de Switch un samedi, c’est trop. Il n’a aucun avis là-dessus et n’en aura jamais : ça se discute entre des gens, ça ne se règle pas avec un seuil dans un fichier de configuration.
Il ne remplace pas la conversation non plus. Au mieux, il lui évite de commencer par « t’as passé la journée dessus » suivi de « c’est même pas vrai ». On sait de quoi on parle, donc on peut parler d’autre chose — rendre une conversation difficile plus facile à commencer, pas la trancher à notre place.
C’est un outil de famille, écrit pour une famille, et publié pour l’approche plutôt que comme un produit. Si vous construisez quelque chose du même genre, la seule chose qu’on recommanderait vraiment, c’est de prendre ces décisions-là dans le code — pas dans la page qui les décrit.
Les chiffres sont là pour qu’on en parle ensemble, pas pour distribuer des bons et des mauvais points.